Le Pont de Bézons

 

Le Milieu a toujours accueillit en son sein des dingues de premier ordre. Fous de la gâchette, fous du volant, fous furieux, bagarreurs intarissables, colériques pathologiques et autres inconscients du bitume, ils ont été nombreux à entrer dans cette catégorie. Et parmi eux le bien nommé Nono le Barge aka Nordine Nasri pourrait faire valoir sans problème sa place aux premières loges du panthéon des fondus de la cervelle.

Ce natif de Nanterre a en effet défrayé la chronique criminelle autant par son professionnalisme dans la délinquance que par ses coups de folie aussi spectaculaires qu'imprévisibles. Un voyou atypique de la banlieue parisienne, véritable pionnier du "Milieu des Cités", associé à la nouvelle génération des années 90 tout comme aux anciens du "Milieu tradi", à cheval entre le trafic de drogue, le racket et les gros braquages. Un voyou exubérant qui perdra sa vie aussi rapidement qu'il l'avait vécu.

La cité du Pont de Bézons

"Nordo", d'origine algérienne, est né en 1970 et a grandit dans les barres HLM du pont de Bézons à Nanterre, 10 kilomètres au nord-ouest de Paris. Enfant difficile il sera un adolescent turbulent, enchaînant les petites conneries et les moins petites. A 14 ans il se jette dans la Seine du haut d'un pont, signe avant-coureur d’un comportement suicidaire. A cette même époque le jeune Nordine Nasri s'est déjà lancé dans la petite délinquance, revendant des barrettes au pied des immeubles de son quartier et de la cité des Canibouts, et à quinze ans il tire une balle dans la jambe d'un acheteur mécontent. Direction le Centre des Jeunes Détenus (CJD) de Fleury-Mérogis, première incarcération d'une longue série. Tout au long de sa carrière Nordine Nasri se fera connaître de la justice pour 57 dossiers différents allant du simple vol à la violence avec armes en passant par la contrefaçons de documents administratifs, le port d'arme, le trafic de stupéfiants, l'incendie volontaire et j’en passe. Ses séjours à l'ombre lui permettent de rencontrer du beau linge et il se lie avec de jeunes trafiquants du 92 en pleine ascension, au premier lieu desquels Farid Faraman dit Poli, un parent éloigné, et surtout Hamid Hakkar dit Julio de la cité Pablo Picasso à Nanterre, qui s'est lancé à fond dans les stups au début des années 90 avec ses frères, un pionnier du trafic du shit dans les cités qui l'un des premiers s'est affranchi de la tutelle du "Milieu traditionnel". 

Bois d’Arcy, Fleury... l’école du crime

José Menconi

Petit à petit Nordo prend des contacts, monte des bizness et se fait un nom... Au milieu des années 90, âgé d'un petit quart de siècle, il est incarcéré à Bois d'Arcy lorsqu'un ami voyou lui fait passer un message pour qu'il aille prêter main forte à un ancien qui a des soucis avec des jeunes dans la cour de promenade. Il s'agit de Jean-Pierre Lepape, un gros braqueur du 20e arrondissement de Paris qui a frayé avec les jeunes loups de la banlieue sud dans les années 70 puis participé à l'aventure du "Gang des Postiches" dans les années 80, avant de se reconvertir dans le racket de boîtes de nuit, le shit en gros et le trafic de cocaïne. Un "beau mec" du Milieu à la solide réputation avec qui il se lie d'une amitié très utile pour les affaires. C'est aussi à cette époque, la deuxième moitié des années 90, et toujours en prison, que Nono le Barge se lie avec d'autres futures grandes figures du Milieu parmi lesquelles Fabrice Hornec, de quatre ans son cadet et cousin de la célèbre fratrie manouche de Montreuil, le franco-napolitain Antonio Ferrara dit Nino, arrivé à dix ans à Choisy-le-Roi et future star des banlieues françaises, son inséparable complice Moussa Traoré de la cité Balzac à Vitry, Mohamed Amimer dit le Grand Momo, un montreuillois quanrantenaire spécialisé dans les attaques de fourgons et le contrôle de boîtes de nuit parisiennes,  ou encore Joseph Menconi dit José, un braqueur corse d'une trentaine d'années lié au puissant clan bastiais de la Brise de Mer et notamment à l'un de ses "barons", Francis Mariani, et à son fils Jacques.

Hamid Hakkar

Autant dire que monsieur Nasri prend de l'ampleur. Il se met à servir de relais à de gros poissons du Milieu dans les cités de Paris intra-muros et de la petite ceinture, ramassant des enveloppes et "soulevant" les mauvais payeurs pour le compte des frères Hakkar, des frères Hornec, de Jean-Pierre Lepape et de ses amis de la banlieue sud reconvertis dans la came, et monte lui-même sa propre équipe, un petit noyau restreint mais réputé très dangereux dans le Milieu. Ensemble ils organisent des go-fast pour remonter du shit d'Espagne ou des Pays-Bas, arrosent la banlieue, et fréquentent assidûment la Costa del Sol espagnole, leur El Dorado aux allures de far west, où ils n'hésitent pas à "carotter" leurs concurrents voir à braquer directement les convois qui remontent vers la France.

 

 

champs elysées dessus

 

«Une journée avec Nordine, c'est une journée de malade!»
Redoine Faïd, braqueur creillois

L'avenue de Versailles

À côté de ça Nono mène la grande vie, part en vacances en Méditerranée, aux Pays-Bas, en Thaïlande, dans les Caraïbes, aux Etats-Unis, fréquente assidument les bars, brasseries, boîtes et streap du quartier des Champs-Elysées, vit à Colombes mais possède plusieurs planques dans Paris, notamment un appartement de 100 mètres carrées avenue de Versailles dans le XVIe, fort de nombreux contacts et d'une logistique de premier plan pour mener à bien sa vie clandestine (fourniture en armes et en munitions, en faux papiers, en voitures ou en motos maquillées, en téléphones non tracés, en planques). Crâne rasé, treillis militaire sur le dos, joint de skunk aux lèvres et cocaïne plein les narines, déboulant à toute allure au volant de bolides de 400 chevaux à travers les avenues de Paris ou de Málaga, se promenant parfois avec un petit ouistiti sur les épaules, Nono est un voyou qui ne passe pas inaperçu. Ses deux rottweilers adorés, Ghetto et Pattaya, dont il bourre la gamelle de pâtée mélangée à du crack, sont de la même trempe que leur maître : l'un se fera abattre de 18 balles par la police, l'autre sera piqué à la fourrière d'Aubervilliers après avoir violemment agressé un automobiliste. Grand amateur d'armes à feu, Nordo assouvie sa passion dans un stand de tir au bas des Champs Elysées, vers l'avenue Montaigne, parce que "tirer 200 cartouches, ça lui fait du bien".

Marc Gillias aka Rud Lion

Egalement passionné de rap il a financé l'ouverture d'un studio à côté de la place Clichy avec Marc Gillias mieux connu sous le pseudonyme de Rud Lion, un producteur hip hop/reggae qui a managé le groupe Expression Direkt et le chanteur Big Red, et qui finira assassiné de trois balles de pistolet automatique en 1999 à la terrasse d'un café parisien. Nordo lui-même n'est pas un homme qui se promène sereinement, ses coups de rackets et ses carottes à répétition lui valant l'inimité de pas mal de monde sur Paris, et il n'est pas rare de le voir se balader avec un gilet pare-balles sur le dos dans les établissements hauts-de-gamme de l'Etoile et des Champs Elysées, toujours face à la porte, un anodin stylo posé sur la table... en vérité un stylo-pistolet armé de deux balles de 22 long rifle ! Décidément, le Barge n'a pas volé son surnom.

Mais derrière cette exubérance, Nordine Nasri est un voyou chevronné et surtout extrêmement dangereux. En 1998 il est soupçonné d'être mêlé à un terrible conflit qui a éclaté entre ses associés de la banlieue sud, ces anciens braqueurs des années 70-80 reconvertis dans le shit et la coke. Une guerre fraternelle comme le Milieu en a connu tant, souvent les plus sanglantes, comme une forme de fatalité qui touche presque inévitablement les grosses équipes. Ici le point de départ semble être l'assassinat de Jean-Pierre Lepape dans la matinée du 1e juillet 1998, abattu à coups de décharges de fusil à pompe alors qu'il boit un café au Bar de l'Amitié à Vitry-sur-Seine, son QG. Le 17 novembre suivant son ancien associé Michel Segovia dit Poukit, un braqueur chevronné de 48 ans né à Ivry et soupçonné dans l'assassinat, est tué de plusieurs coups de feu sur le pas de sa porte à Athis-Mons dans l'Essonne, tandis qu'un couple d'ami présent dans la maison, le voyou multirécidiviste Bernard Metge dit Gros Nanard et sa femme indonésienne, se réfugient dans la salle de bain où ils sont blessés par des balles tirées à travers la porte. Un an plus tard, le 7 décembre 1999, le même Bernard Metge et sa compagne ne réchappent cette fois-ci pas du guet-apens qui leur a été tendu : alors qu'ils se trouvent sous le porche de leur immeuble au Kremlin-Bicêtre deux hommes font feu sur eux à coups de pistolet-mitrailleur et les tuent net sur le coup, le Gros Nanard ayant tout juste le temps de sortir son pistolet avant d'être touché à plusieurs reprises à la tête et au thorax. Trois ans plus tard c'est Alain Hellegouarch, autre figure de la banlieue sud de 51 ans, toujours actif dans les attaques de fourgons malgré son âge, très lié à Poukit, qui est assassiné le 24 octobre 2002 sur le parking de la patinoire d'Athis-Mons. Bien qu'on ne connaisse pas l'origine exacte de tous ces meurtres entremêlés ni leurs raisons précises, il semblerait bien que tout soit partit d'une embrouille autour du très lucratif bizness de la cocaïne auquel s'adonnaient tous ces braves gens, un domaine où l'argent coule à flot autant que les arnaques et les coups de balance. 

 La Passion du Braquo

Redoine Faïd dit Doc

Soupçonné pour certains de ces règlements de compte mais jamais inculpé, monsieur Nordine Nasri continue ses activités délictueuses en toute quiétude. C'est notamment à cette époque qu'il décide de se lancer dans le braquage, et celui qui lui met le pied à l'étrier n'est pas n'importe qui dans le domaine : Redoine Faïd dit Doc, de Creil, un des premiers "mecs de cité" à avoir tapé des fourgons blindés et qui malgré son jeune âge (26 ans) a marqué les observateurs par son professionnalisme extrême. Ensemble ils vont donc s'attaquer au saint de saints de tout grand voyou digne de ce nom : "se faire une tirelire", la grande spécialité de la fin des années 90 (dix fourgons ont été braqués en 1995, 14 en 1996, 32 en 97, 27 en 98, 21 en 99, et vingt-trois convoyeurs tués dans la décennie). Le 23 mai 1998 au petit matin sur la nationale 16 dans l'Oise, tout juste entre les communes de Laigneville et Monchy-Saint-Eloi, un fourgon de la Brink's se voit couper la route par une Peugeot 405 et se fait violemment percuté par un camion-benne de travaux publics arrivant de face à toute allure, qui le propulse quinze mètres plus loin. Cinq malfaiteurs surgissent alors des véhicules, armés d'un lance-roquettes et de kalachnikovs, et mettent en joue les trois convoyeurs tout en chargeant le contenu du fourgon dans leur voiture avant de prendre la fuite sans demander leur reste. Résultat des courses : plusieurs millions de francs envolés et un convoyeur, Louis Voerman, 49 ans, qui perd la vie dans l'après-midi, tombé dans le comas suite au choc frontal entre le fourgon et le camion-bélier.

Antonio Ferrara

Une partie du commando réunit ce jour-là par Nono le Barge commet une nouvelle action d'éclat quelques mois plus tard : l'évasion d'Antonio Ferrara, avec qui il s'était lié d'amitié en prison. Le 7 août 1998 le Napolitain de Choisy, alors incarcéré à Fleury-Mérogis, se fait "arracher" lors d'un transfert médical à l'hôpital de Corbeil-Essonnes par trois hommes armés qui font irruption dans la salle d'attente du service avant de prendre la fuite à bord d'une voiture relais. La cavale d'Antonio Ferrara, qui va durer près de quatre ans, est pendant un temps entièrement prise en charge par Nordo qui lui met à disposition planques, faux papiers, argent et véhicules maquillés. C'est également lui qui le met en contact avec José Menconi et ses amis de la Brise de Mer, avec qui Ferrara fera un jolie bout de chemin par la suite (il aurait notamment servit de relais à l'équipe de Francis et Jacques Mariani, très lié à Menconi, dans le domaine des machines à sous clandestines en Ile-de-France).

Moussa Traoré

Nordine Nasri va dès lors s'adonner avec passion aux joies du braquage en compagnie de ses petits camarades, s'associant et se séparant au grès des affaires, formant ce qu'on appelle une "équipe à tiroir" pour le moins redoutable, une mouvance où l'on retrouve outre Nasri, Ferrara et Menconi également Fabrice Hornec de Montreuil, Sofiane Hamli de Bobigny, un jeune "surdoué" qui aura une carrière fulgurante dans les fourgons, Moussa Traoré de Vitry, le franco-malien grand ami de Ferrara, le Corse Alexandre Vittini, dont le père est un intime de la Brise de Mer, et son ami Dominique Battini, braqueur corse chevronné et grand artificier, Djamel Mansri, caïd de la cité Galion à Aulnay-sous-Bois, Jacques Haddad dit le Grand Jacquot, de Montfermeil, un ami des frères Hornec, Antonio Lagès dit Tonio le Portugais, un montreuillois qui sera assassiné en octobre 2000, Laurent Smaïl dit le Tange, lui aussi proche des Hornec, Stéphane Gabard, officiellement changeur dans le quartier de la Bourse, et encore une poignée d'autres. Rien que du beau monde en somme.

On attribue notamment à Nordo le Barge et aux siens - outre une série de braquages de grandes surfaces et des saucissonnages à travers toute la France - l'attaque d'un fourgon blindé à Lognes-Emerainville le 23 mai 2002 sur l'autoroute A4, le holdup up de l'hôtel des ventes de Fontainebleau (Seine-et-Marne) en pleine vente aux enchères en juin 2002 pour un butin de 800 000 euros de bijoux, l'attaque à l'explosif du centre-fort Valiance de Beauvais un mois plus tard par une dizaine d'hommes pour un total de 9 millions d'euros, ou encore l'attaque avortée d'un fourgon blindée sur l'autoroute A6 à Savigny-sur-Orge (Essonne) le 25 février 2003. Des écoutes téléphoniques ont également révélées que Nordine Nasri préparait début 2003 l'évasion d'un complice, Djamel Mansri, trafiquant-braqueur incarcéré à la Santé, avec hélicoptère et explosifs à l'appui. Peu après avait lieu la spectaculaire évasion d'Antonio Ferrara, le 12 mars 2003, de la prison de Fresnes, avec bazookas, kalachnikovs et pains de plastic. Bien que le nom de Nasri n'ait jamais été cité dans l'affaire son implication, même lointaine, n'est pas à écarter, surtout que certains de ses proches seront condamnés pour ces faits à l'issue du procès de 2008 (notamment le trafiquant nanterrois Hamid Hakkar, soupçonné d'avoir assuré la partie financière et logistique de l'évasion).

Malaga

Sommet... et chute

Nono le Barge est alors, en ce début des années 2000, au faîte de sa gloire malfrate. Outre les attaques à mains armées fructueuses il continue à se donner à fond dans les stups, de plus en plus présent sur la Costa Del Sol pour traiter directement les affaires mais aussi aperçu en Jamaïque à négocier les kilos de coke en compagnie d'un lieutenant de Karim-Pascal Reguig alias "le Turbu", un des plus gros trafiquants français de hash marocain, originaire de Saint-Ouen mais installé en Espagne depuis le milieu des années 90 pour gérer les affaires. Bref Nasri bouge bien avec sa petite équipe de voyous chevronnés, dont font notamment partie Fabrice Hornec et "Poli" Faraman, et qui a l'habitude de travailler avec les frères Benbouabdellah, des kabyles de la cité des Amandiers (dite "la Banane"), dans le 20e arrondissement de Paris. C'est cette fratrie turbulente, connu pour stups, meurtre et évasion et travaillant le shit à la tonne, qui causera la perte de Nordine Nasri. Une histoire d'ego, de fierté mal placée, de paranoïa irrationnelle et d'impulsions mal maîtrisées pour ces Scarface des cités version titis parigots. Rien que de très classique au fond.

Mounir Benbouabdellah, depuis titulaire d'un DEUG de philosophie passé en prison

La poudre parle pour la première fois le 5 mars 2002, sur la Costa Del Sol : ce jour-là le jeune Samir Benbouabdellah, 20 ans, circule à bord d'une Mercedes dans les rues de Málaga lorsqu'une Fiat le prend en chasse, son occupant lui tirant à plusieurs reprises dessus. Blessé, Samir est déposé à l'hôpital de Mijas Costa avant d'être écroué par la police française qui aimerait l'entendre pour sa participation supposée à un assassinat dans le 15e arrondissement, ainsi que dans la tentative d'évasion ratée de son frère Mounir avec Christophe Khider en mai 2001 à Fresnes. Pendant un temps l'histoire en reste là, les nouveaux ennemies couvrant leurs arrières et ayant d'autres chats à fouetter. Jusqu'à la fusillade du 25 juillet 2003 sur l'avenue de la Grande-Armée dans le 17e. Ce soir-là Nordo est pris pour cible par un jeune de la Banane, Karim Charbi, monté sur une Honda 1100, qui lui tire sept fois dessus au 11,43 tandis que le Barge riposte à deux reprises avec son 7,65. Blessé au bras, à la main et à l'aine mais sauvé par le gilet pare-balle qu'il porte en permanence, Nordine se fait soigner à l'hôpital américain de Neuilly tandis que son assaillant est transporté à l'hôpital Bichat, atteint au genoux.

le Penthouse Club, autrefois Hustler Club

Le dernier acte du conflit se déroule 6 mois plus tard alors que Yacine Benbouabdellah, 25 ans, le frère de Samir, est fraîchement sorti de prison, lui qui avait juré de venger son cadet. Ce 14 décembre 2003 Nono passe la soirée au Hustler, un club de streap tease du quartier des Champs Elysées, avec quelques amis. Vers 2h du matin il quitte l'établissement avec l'un d'eux, Abdallah Bouanina dit le Gros de Puteaux, 36 ans, et grimpe avec lui dans une Peugeot 406 sans se douter que, tapis dans l'ombre, deux hommes montés sur une moto de grosse cylindrée et armés d'un pistolet-mitrailleur le guettent depuis le début de la soirée, n'attendant plus que le signal de leur taupe pour intervenir. À peine la 406 arrive-t-elle à l'angle de la rue du Berri et du Faubourg Saint-Honoré que la moto la double, son passager arrière lâchant alors une rafale parfaitement dosée d'une dizaine de cartouches sur ses occupants. Nono s'écroule sur le tableau de bord tandis que son véhicule s’en va tamponner des voitures garées un peu plus loin. Son passager, blessé à l'épaule et à la cuisse, s'enfuit tant bien que mal avant d'être récupéré par une patrouille de police. À peine est-il guérit qu'Abdallah Bouanina filera vers l'Andalousie se mettre au vert. Nono, lui, n'en réchappe pas.

Mort à 33 ans, sa carrière fulgurante aura été aussi tumultueuse qu'expéditive. Nono le Barge aurait pu devenir un très grand avec les années, il en avait l'envergure et le potentiel, mais une rafale de pistolet-mitrailleur est venu lui rappeler la triste réalité : il n'était pas immortel. Et peut-être pas assez réglo pour que ses proches prennent la peine de venger le défunt. Un autodidacte du crime en somme, solitaire et individualiste. Il faut dire que la plupart de ses associés étaient alors à l'ombre, et pour longtemps, qu'il s'agisse de Fabrice Hornec, Antonio Ferrara, Hamid Hakkar, Djamel Mansri ou Farid Faraman.

Une chose est sûr : l' homme a marqué son époque et s'est hissé au rang de légende dans certains quartiers. Proche du milieu du rap, notamment du groupe Expression Direkt de Mantes-la-Jolie et de la Mafia K'1 Fry du Val-de-Marne, il s'est vu rendre plusieurs hommages par le rappeur Rohff dans les morceaux "Parfois, Dés fois", "Repris de Justesse" et "Regretté"

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Dans les prochains articles nous quitteront Paris et sa banlieue pour partir 800 kilomètres plus bas sous le soleil de Marseille, où l'on se penchera sur le parcours croisé de trois figures historiques de la cité phocéenne : Tany Zampa, Jacky le Mat et Francis le Belge. A bientôt.